Parfois, il suffit d’une seule décision pour remettre un vieux rêve sur les rails. À 69 ans, Audette Thériault a choisi de recommencer à apprendre l’anglais. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est qu’elle découvrirait une façon d’apprendre qui ressemble beaucoup plus au fonctionnement naturel du cerveau qu’aux cours de langue qu’elle avait connus autrefois.
Pendant longtemps, Audette a mis son rêve de côté. Comme bien des gens, la vie s’est imposée : le travail, la famille, les responsabilités quotidiennes. Pourtant, au fond d’elle, une idée revenait régulièrement. « J’aurais aimé devenir traductrice », confie-t-elle.
À 69 ans, elle décide enfin de se donner cette chance. Un rêve mis de côté pendant des décennies n’avait pas disparu; il attendait simplement le bon moment pour reprendre vie. Elle recommence tranquillement avec Duolingo, puis s’inscrit à un cours d’anglais. Elle y arrive avec une certaine réserve. Après tout, combien de fois a-t-on entendu qu’après 50 ans, apprendre une nouvelle langue devient presque impossible?
Quelques semaines plus tard, cette croyance avait complètement changé.
Ce n’est pas notre cerveau qui vieillit… il faut plutôt comprendre comment le cerveau fonctionne
Pendant des décennies, l’apprentissage des langues s’est appuyé sur une logique bien connue : mémoriser du vocabulaire, apprendre des règles de grammaire, remplir des exercices, puis espérer réussir à parler.
Le problème?
Notre cerveau ne fonctionne pas ainsi lorsqu’il apprend une langue.
Pensez à un enfant. Personne ne lui demande de mémoriser les verbes avant qu’il prononce ses premiers mots. Il écoute, il utilise les mêmes structures, il essaie, il se trompe, recommence et finit par parler naturellement.
L’Approche Neurolinguistique (ANL) s’inspire précisément de cette façon d’apprendre.
Quand on travaille avec l’ANL, la communication authentique et le développement des habiletés langagières, à l’oral, en lecture et en écriture, sont au centre des priorités d’apprentissage. Et pour arriver à les développer, comme dans la langue première, l’apprenant doit réutiliser un minimum de structures et de vocabulaire à la fois dans des contextes communicatifs ou cognitifs variés. Lorsque ces structures sont automatiques, c’est à ce moment qu’on enchaîne avec de nouvelles.
Une découverte qui a surpris Audette
Ce qui l’a frappée dès les premiers cours, c’est l’importance accordée à la prononciation : « Steeve reprenait les sons jusqu’à ce qu’on les fasse correctement. » Au début, cela peut sembler exigeant. En réalité, cette étape est essentielle : c’est crucial de porter attention aux sons et de les distinguer pour faire moins d’erreurs à l’oral par la suite.
Le cerveau enregistre beaucoup plus facilement une langue lorsqu’il associe correctement les sons, les mots et leur signification. Une bonne prononciation facilite ensuite la compréhension, la mémoire et même la fluidité.
Autre élément qui l’a surprise : la réutilisation des mêmes structures. Mais pas de façon mécanique : une réutilisation des structures apprises dans des contextes de communication différents.
« On recommençait, mais jamais pour répéter. Tant que tout le monde n’avait pas compris, on continuait. »
Chaque nouvelle activité reprenait les mêmes structures dans un contexte différent :
• Commander au restaurant.
• Poser une question.
• Répondre à un collègue.
• Lire un court texte.
• Écrire une présentation de soi selon les structures déjà apprises à l’oral.
Sans s’en rendre compte, les apprenants réutilisaient les mêmes phrases plusieurs fois… et leur cerveau les transformait progressivement en automatismes.
Le cerveau adore ce qui a du sens
Les neurosciences parlent aujourd’hui de neuroplasticité.
Derrière ce mot un peu impressionnant se cache une idée toute simple : notre cerveau continue de créer de nouvelles connexions toute notre vie.
À 60, 70 ou même 80 ans, il est encore capable d’apprendre.
Ce qu’il apprécie moins, en revanche, ce sont les longues listes de mots à mémoriser sans contexte. Il préfère apprendre dans l’action.
Lorsque nous parlons, que nous écoutons, que nous réagissons et que nous vivons une émotion positive, plusieurs régions du cerveau travaillent ensemble. Les apprentissages deviennent alors beaucoup plus solides.
Autrement dit, le cerveau retient mieux ce qu’il vit que ce qu’il étudie.
Faire des erreurs… enfin sans gêne
S’il y a un obstacle qui revient souvent chez les adultes, ce n’est pas la mémoire, c’est la peur :
• La peur de mal prononcer.
• La peur d’avoir un accent.
• La peur de chercher ses mots.
Dans le groupe d’Audette, cette peur disparaissait rapidement. Les erreurs faisaient partie du processus. On posait des questions. On riait. On recommençait. Personne n’avait honte de ne pas savoir.
Cette atmosphère bienveillante est loin d’être un simple détail. Les chercheurs savent aujourd’hui que le stress freine l’apprentissage, alors qu’un climat sécurisant favorise la mémorisation et la prise de parole.
En d’autres mots, plus on se sent en confiance, plus notre cerveau est disponible pour apprendre.
Déconstruire des mythes
Audette remarque aussi une différence importante avec les cours plus traditionnels qu’elle avait suivis auparavant.
Prendre beaucoup de notes donnait parfois l’impression d’apprendre… Mais pendant qu’elle écrivait, elle n’écoutait plus. Avec l’ANL, l’attention reste dirigée vers les échanges et le message. Les apprentissages passent d’abord par les oreilles, puis par la parole. L’écrit vient ensuite consolider ce qui est déjà acquis oralement.
C’est exactement ainsi que notre première langue s’est construite.
Les applications sont utiles… mais elles ne remplacent pas une conversation
Aujourd’hui encore, Audette utilise Duolingo. Elle apprécie cette routine quotidienne qui lui permet de garder un contact avec l’anglais. Cependant, elle reconnaît aussi ses limites. Une application peut enrichir le vocabulaire. Elle ne peut pas reproduire une véritable conversation.
Or, parler avec une autre personne oblige le cerveau à écouter, comprendre, choisir ses mots et répondre en quelques secondes. C’est cette gymnastique qui développe réellement l’aisance.
Les outils numériques deviennent alors d’excellents compléments… mais rarement des remplaçants.

Le plus beau changement
À la fin de notre rencontre, une chose ressort clairement. Audette ne parle presque jamais de son âge. Elle parle plutôt du plaisir qu’elle éprouve à apprendre.
Elle sait qu’il lui reste du chemin à parcourir. Elle aimerait pratiquer davantage avec d’autres personnes, participer à des ateliers de conversation et continuer à progresser. Voyager dans un pays anglophone lui semble encore intimidant, mais cette hésitation n’efface pas sa motivation.
Son témoignage rappelle une vérité que les neurosciences confirment : nous n’arrêtons pas d’apprendre parce que nous vieillissons. Nous cessons parfois d’apprendre parce que nous croyons qu’il est trop tard.
À 69 ans, Audette Thériault ne prétend pas parler un anglais parfait. Ce qu’elle démontre, en revanche, c’est qu’il n’existe pas d’âge limite pour apprendre lorsqu’une approche respecte la façon dont notre cerveau fonctionne. Son parcours rappelle que les plus beaux apprentissages ne commencent pas toujours au début de la vie. Ils commencent souvent le jour où l’on décide enfin de croire que c’est encore possible!
Remerciements
L’auteure remercie chaleureusement Mme Audette Thériault d’avoir généreusement partagé son expérience d’apprentissage de l’anglais avec l’Approche Neurolinguistique (ANL). Son témoignage a inspiré la rédaction de cet article.














